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image: neurones, personnage sur un vélo et fleurs poussant sur un neurone

Approche intégrative :

L'approche centrée sur la personne de Carl R. Rogers



Présentation
Comment créer une relation d’aide ?
Le continuum dans le processus de changement
La discordance essentielle
À propos des groupes de thérapie
À propos de l’éducation

Voir la bibliographie
 

Présentation

« Chacun a en lui la capacité de conduire sa vie d’une manière à la fois satisfaisante sur le plan personnel et constructive sur le plan social. Il existe une forme particulière et libératrice de relation d‘aide, qui permet aux gens de trouver en eux sagesse et confiance et de faire des choix de plus en plus sains et de plus en plus constructifs ». Carl R. Rogers

L’influence de Carl R. Rogers (1902-1987) est considérable dans l’histoire de la psychothérapie, de la relation d’aide, de l’éducation et du développement personnel. Il a animé le courant de la psychologie humaniste de 1960 à 1985. Il a été le premier à mettre en œuvre les principes de la communication interpersonnelle authentique pour résoudre des conflits entre groupes et entre nations. Il a écrit 16 ouvrages et on lui attribue plus de 200 articles d’ordre technique et universitaire. Ces livres ont été traduits dans plus de 60 langues différentes. Il a animé le courant de la psychologie humaniste de 1960 à 1985.

Dès quarante ans, Carl R. Rogers crée un modèle de psychothérapeute qu’il nomme « l’aidant », c’est-à-dire celui qui sait apporter sa spontanéité créatrice au projet d’autonomisation du « client ». Cette nouvelle orientation d’esprit abandonne tout a priori de jugement, de soutien et de contrôle. La non-directivité comporte une attitude de compréhension fondamentale laissant au client le choix de sa voie, de son langage et de ses décisions. Cette relation d’aide se fonde sur l’optimisme et la confiance dans les capacités évolutives de chaque personne, malgré la souffrance psychique. Cette relation d’aide deviendra l’approche centrée sur le client.

Cette approche s’appuie sur l’instinct d’accomplissement, ou tendance à l’actualisation (voir Abraham H. Maslow) que possède tout organisme vivant et qui fait qu’il tend à croître, à se développer, à réaliser tout son potentiel. Elle fait confiance à l’élan vital qui conduit l’homme vers un développement plus complexe et plus complet. Elle se donne pour but de libérer cet élan vital.

Carl R. Rogers a été un précurseur dans l’utilisation de supports audiovisuels dont quelques films réalisés pendant qu’il conduisait des entretiens ou des sessions de groupes de thérapies. Ces supports ont permis d’observer et d’étudier sa pratique. Il a été le premier à introduire la notion d’évaluation dans la psychothérapie mais aussi dans toute forme de relation d’aide et d’éducation. Il a permis ainsi de mesurer l’impact de la relation interpersonnelle et les attitudes pouvant faciliter l’apprentissage et l’auto-actualisation de la personne.

Comment faire usage des acquis de la recherche en matière d'approches à la relation d'aide ?

Carl R. Rogers affirme que leur application servile ou mécanique est exclue, dans la mesure où elle nierait les qualités personnelles dont les conclusions des études réalisées soulignent l'importance. La meilleure exploitation possible consiste donc à les confronter à notre propre expérience et à élaborer ainsi de nouvelles hypothèses sur lesquelles nous nous appuierons et qu’ultérieurement nous mettrons à l’épreuve dans nos propres relations.

 

Comment créer une relation d'aide ?

La qualité de la relation doit avant tout s’établir dans un climat de confiance et pour cela Carl R. Rogers conseille trois attitudes :
- L’authenticité et la congruence : soit la concordance entre ce que l’aidant ressent au plus profond de lui-même, ce dont il est conscient et ce qu’il montre à son client.
- La valorisation, l’acceptation, la confiance : le regard inconditionnellement positif de l’aidant valorise le client, totalement. Alors, on peut conjecturer quelque progrès.
- La compréhension empathique : l’aidant perçoit avec exactitude les sentiments qu’éprouve le client, avec cette intelligence faite d’ouverture et de disponibilité.

 

Le continuum du processus de changement

Pour essayer de saisir et de conceptualiser le processus de changement, Carl R. Rogers a cherché les éléments susceptibles de caractériser le changement lui-même (Cf « le développement de la personne »). D’après lui, le continuum le plus significatif se développe à partir d’un point fixe vers le changement, à partir d’une structure rigide vers une fluidité, à partir d’un état de stabilité vers un processus évolutif. L’hypothèse était que les qualités de l’expression du client pourraient à tout moment indiquer sa position dans ce continuum. Il a pu établir ainsi le concept d’un processus, dans lequel il a distingué sept phases. Le processus qu’il a voulu décrire s’applique plus exactement à certains domaines des intentions subjectives et il a fait l’hypothèse que le client se trouve dans ce domaine à un stade bien défini et ne présente aucune caractéristique propre aux autres stades. Par ailleurs dans la description du processus, il établira un lien avec l’attitude du thérapeute qui va faciliter cette évolution.

Extrait de « le développement de la personne », dont nous saurions trop vous conseiller la lecture. Chacune des phrases est extraite d’un texte qui approfondit et illustre son propos.

Premier stade :

Refus de communiquer personnellement. Communication uniquement sur des sujets extérieurs. Les sentiments et les opinions personnelles ne sont ni perçus ni reconnus comme tels. Les schématisations personnelles sont extrêmement rigides. Se trouver en relations intimes et personnelles avec quelqu’un est ressenti comme dangereux. À ce stade, aucun problème personnel n’est reconnu, ni perçu. Il n’y a aucun désir de changement. Il y a beaucoup de blocages dans la communication interne.

Deuxième stade :

Expression concernant des personnes autres que lui-même, devient moins superficielle. Les problèmes sont perçus comme extérieurs à soi. Aucun sentiments de responsabilité personnelle à l’égard de ses problèmes. Les sentiments sont décrits comme des objets que l’on ne possède pas ou parfois comme appartenant au passé. Les sentiments peuvent être extériorisés, mais ne sont pas reconnus comme tels, ni revendiqués. L’expérience immédiate est liée à une structure imposée par le passé. Les schèmes personnels sont rigides, non reconnus en tant que tels mais conçus comme des faits. L’expression des intentions et des sentiments personnels est globale et manque de nuances. Les contradictions peuvent s’exprimer, mais sont à peine reconnues comme telles.

Troisième stade :

Le discours ayant le « moi » pour objet devient plus facile. Le client parle encore de ses expériences personnelles comme s’il s’agissait d’objets. Le client parle également de son moi seulement en se comparant aux autres, qui lui renverraient l’image de lui-même. Le client parle beaucoup de sentiments et d’intentions personnelles non actuels ou bien les décrit longuement. Il y a très peu d’acceptation des sentiments. Ceux-ci apparaissent, pour la plupart, comme quelque chose de honteux, de mauvais, d’anormal, toujours plus ou moins acceptable. Des sentiments sont manifestés et quelquefois alors reconnus comme tels. L’expérience vécue est décrite comme si elle appartenait au passé ou bien comme si elle était étrangère au moi. Les schèmes personnels sont rigides, mais il se peut qu’on les prenne pour ce qu’ils sont : des schèmes personnels et non des faits extérieurs. L’expression des sentiments et des opinions est un peu plus nuancée, moins globale que dans les stades précédents. Les contradictions de l’expérience immédiate sont reconnues. Les choix sont souvent reconnus comme inefficaces.

Quatrième stade :

Le client décrit des sentiments plus intenses dans la catégorie des affects « non actuellement présents ». Parfois les sentiments sont exprimés comme s’ils existaient dans le présent, quelquefois aussi ils surgissent contre le vœu du client. Une certaine tendance à éprouver des sentiments « hic et nunc » (ici et maintenant) apparaît, mais assortie de méfiance et de peur devant leur possibilité. Il n’y a guère d’acceptation franche des sentiments, bien qu’une certaine acceptation apparaisse. L’expérience immédiate est moins déterminée par la structure du passé et plus accessible, elle surgit parfois, mais avec un léger retard. Un assouplissement apparaît dans la manière de construire cette expérience ; il y a quelques découvertes de schèmes personnels, lesquels sont nettement reconnus pour ce qu’ils sont. On entrevoit déjà un doute portant sur leur validité. Les sentiments, les schèmes et les intentions personnels se nuancent avec une certaine tendance à recherche une symbolisation exacte. Le client se rend compte des contradictions et des dissonances entre son expérience immédiate et son moi. Le sujet prend conscience de sa responsabilité concernant ses problèmes mais avec quelque hésitation. Bien qu’une relation étroite avec le thérapeute lui paraisse encore dangereuse, le client en prend le risque jusqu’à un certain degré d’affectivité.

Cinquième stade :

Les sentiments sont exprimés librement comme s’ils étaient éprouvés dans le présent. Les sentiments sont sur le point d’être pleinement éprouvés. Ils commencent à remonter à la surface, en dépit de la peur et de la méfiance que le client éprouve à les vivre pleinement et dans l’immédiat. Un tendant commence à se faire jour : les sentiments éprouvés se réfèrent à une expérience intime. Il y a une surprise et de la peur, rarement du plaisir, à l’apparition de sentiments qui jaillissent à la surface. De plus en plus le sujet revendique ses propres sentiments et désire les vivre, être son « vrai moi ». L’expérience immédiate s’assouplit, n’est plus distante, fréquemment elle ne surgit qu’avec un léger retard. Les modes, selon lesquels l’expérience est construite, sont très souples. Il y a beaucoup de découvertes originales de schèmes personnels en tant que schèmes, et un examen critique de ceux-ci. Il y a une tendance forte et évidente à l’exactitude dans la différence des sentiments et des intentions. De plus en plus, le sujet accepte de regarder en face ses propres contradictions et incohérences. Le sujet accepte de plus en plus facilement sa propre responsabilité devant les problèmes qu’il doit affronter et se sent de plus en plus concerné par le comportement qu’il a eu. Le dialogue intérieur est de plus en plus libre, la communication interne est améliorée et le blocage réduit.

Sixième stade :

Un sentiment qui auparavant a été « bloqué » inhibé dans son évolution est éprouvé maintenant immédiatement. Un sentiment s’épanouit pleinement. Un sentiment présent est directement ressenti dans toute sa spontanéité et sa richesse. Ce caractère spontané et immédiat de l’expérience et le sentiment qu’elle contient son acceptés, c’est devenu quelque chose de réel, et qui n’a plus à être refusé, craint ou combattu. L’expérience est vécue, elle ne fait pas simplement l’objet d’un « sentiment ». Le moi tend à disparaître en tant qu’objet. L’expérience immédiate, à ce stade, prend vraiment l’aspect caractéristique d’un processus. Une autre caractéristique de ce stade est la détente physiologique qui l’accompagne. À ce stade, les communications internes sont libres et relativement peu bloquées. La « non-congruence » entre l’expérience du client et la conscience qu’il en prend est fortement éprouvée au moment même où elle disparaît et où s’établit la « congruence ». Le schème correspondant disparaît à ce moment de l’expérience et le client se sent coupé de son cadre de référence habituel. Le moment de la prise de conscience intégrale va devenir un cadre de référence clair et défini. La différenciation de l’expérience affective est claire et fondamentale. À ce stade, il n’y a plus de « problèmes » extérieurs ou intérieurs. Le client vit subjectivement une phase de son problème. Ce n’est pas un objet.

Septième stade :

De nouveaux sentiments sont éprouvés avec un caractère d’immédiateté et une richesse de détails à la fois dans la relation thérapeutique et en dehors d’elle. L’expérience immédiate de tels sentiments est utilisée comme un critère parfaitement clair. Le degré d’acceptation de soi, de ces sentiments changeants, croît de manière continue ; une confiance solide dans sa propre évolution se manifeste. L’expérience immédiate a presque complètement perdu ses aspects schématiques et abstraits et devient réellement l’expérience du processus lui-même ; c’est-à-dire que la situation est vécue et interprétée dans toute sa nouveauté, non en tant que passé. Le moi devient de plus en plus la conscience subjective et réfléchie de l’expérience immédiate. Le moi est moins fréquemment un objet perçu et beaucoup plus fréquemment quelque chose dont on suit l’évolution avec confiance. Les schèmes personnels sont refondus provisoirement, pour être éventuellement validés par une expérience en cours, mais même alors, ils sont soutenus de manière non-rigide. La communication interne est claire – impressions et symboles étant bien assortis – avec des termes neufs pour des sentiments nouveaux. Le sujet fait l’expérience effective du choix de nouvelles manières d’être.

 

La discordance essentielle

(Extrait de « l’approche centrée sur la personne »)

« …En empruntant, pour les faire nôtres, les idées des autres, nous perdons à la fois contact avec les trésors de sagesse de notre organisme, et confiance en nous-même. Le fossé, souvent profond, qui sépare ces valeurs spéculatives de notre expérience personnelle, équivaut fondamentalement à un divorce intérieur, d’où jaillissent pour beaucoup la tension et l’insécurité contemporaines. Cette discordance, essentielle, entre ce que nous pensons, et ce que nous vivons réellement, entre la structuration intellectuelle de nos valeurs et le processus de valorisation intérieur dont nous n’avons pas conscience, est un élément constitutif de la dislocation intérieure fondamentale qui caractérise l’homme moderne, et un grand problème pour le thérapeute ».

 

À propos des groupes de thérapie

Rogers attire notre attention déjà dans les années 70, dans son livre sur sa pratique des groupes de rencontres sur les phénomènes de société et sur le fait que les groupes de rencontre pourraient constituer une réponse, face à la précarité, au déracinement en un mot à la déshumanisation de notre civilisation.
Les êtres humains deviennent de plus en plus conscients de leur solitude : « Il y a deux aspects qui me semblent essentiels. Le premier, c’est la solitude, l’individualité, qui constitue d’ailleurs un des fondements de l’existence humaine.
Nous ne saurons jamais ce que c’est qu’être l’autre. Que nous désirions nous communiquer entièrement ou au contraire maintenir de grands domaines privés, il reste toujours que notre véritable unicité nous sépare. En ce sens, chaque homme doit vivre seul et mourir seul. Rogers insiste aussi sur le fait que chacun apprend très tôt dans la vie qu’il sera plus facilement aimé s’il se comporte d’une certaine manière, approuvée par les gens qui lui importent. Ainsi, la personne s’enveloppe d’une coquille de comportements externes par lesquels elle entre en rapports avec le monde extérieur (schèmes, scénario de vie). Il arrive à la conclusion que la solitude d’un individu confine au désespoir, lorsque la personne s’aperçoit que le sens de la vie ne réside pas et ne peut résider dans les rapports de façade avec la réalité extérieure : « la solitude existe donc à de multiples niveaux et à des degrés divers, mais elle est particulièrement profonde et poignante chez celui qui, pour une raison ou une autre, se retrouve soudain — alors qu’il est démuni de certaines de ses défenses habituelles — avec un moi vulnérable, effrayé, solitaire, mais réel, convaincu d’être rejeté d’une monde qui le juge.
C’est sans nul doute dans une expérience de groupe organisé que l’individu trouve souvent un remède à son isolement, surtout si ce groupe lui permet d’être lui-même sans avoir à être déjugé. Les évaluations auxquelles Rogers s’est livré, lui a permis de démontrer que les groupes de rencontre, qu’il observait, avaient produit réellement des changements importants et positifs pour les participants.

 

À propos de l’éducation

À mesure qu’il prenait conscience des attitudes facilitatrices en relation d’aide Rogers se convainquit que sur le plan pédagogique aussi elles conféraient aux apprentissages un sens et une autonomie remarquables. Dans son ouvrage « Relation Interpersonnelle et facilitation de l’apprentissage », il prolonge sa réflexion sur le processus d’apprentissage. De même que la thérapie centrée sur le client fait passer le pouvoir des mains du thérapeute à celle du client, l’enseignement centre sur l’apprenant le transfert de l’enseignant à l’étudiant, créant un mouvement qui affecte le système politique tout entier. Dans ce sens, il écrit un article consacré aux « politiques éducatives » que vous trouverez dans le livre de référence ‘ l’approche centrée sur le client ». C’est aussi à travers cette recherche qu’il mettra en évidence l’importance plus grande de la motivation intrinsèque par rapport à la motivation extrinsèque dans le processus d’apprentissage.



Monia Lambert, Oct. 2005


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